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Subjectivement objectif?

Entre objectif et subjectif il y a comme un brouillard qui enveloppe tout. Les notions s’entrechoquent et leurs substances se trouvent éparpillées aux quatre vents. Liberté et vérité sont les mots préférés de ceux qui tiennent les portes voix. À ce qu’il paraît tout est subjectif. L’objectivité ne serait qu’une illusion.

« Seuls les aveugles peuvent donner un avis objectif sur les couleurs, les intensités et les formes. Seuls les sourds peuvent parler en toute objectivité de musique et de son » ni les uns ni le autres ne sont pollués ni par leurs goûts ni par leurs sens. Voilà ce qu’affirment les pourfendeurs de l’objectivité. Ils se méfient comme de la peste de celui qui porte un jugement. Ils craignent tout ce qui peut être définitif. Ils se ménagent des portes de sorties.

 Pour toutes ces raisons, la subjectivité est un outil puissant. Si c’est subjectif c’est révocable, c’est limité dans le temps et dans l’espace, ça n’a de valeur que sur le sujet qui propose cette assertion.

Pourtant, comme beaucoup d’autres humains, Je ne sais pas voir sans utiliser mes yeux. Sans mon nez, je suis dans l’incapacité de sentir (même s’il parait que c’est possible ). Si je ne porte pas l’objet à ma bouche, je suis incapable de déterminer sa saveur. Je suis dépendant de mon corps pour émettre un avis ou un jugement sur le monde. Malgré tout, je me sais objectif car je suis capable de discerner avec acuité le chaud du froid, le vrai du faux, le gros du mince, le beau du laid etc.… la méthode est simple. Supposons qu’est beau tout objet ou personne respectant certains critères de taille, de symétrie et de proportion. Nous venons de définir l’objectivement beau. Car pour toutes personnes ou objets qui se présenteront dorénavant devant moi, je pourrais l’observer avec mes yeux, le sentir  avec mon nez et mes mains puis me référer à ma grille de lecture et dire ensuite si oui ou non il est beau.

L’objectivité n’est pas le don de clairvoyance mais une méthode permettant d’organiser le monde en catégorie à partir de critères clairement définis. Ainsi l’exercice de l’objectivité est plus un exercice de traduction que d’interprétation. Je suis objectif parce que mes conclusions sur ce que j’observe ne dépendent à aucun moment de mon humeur ou ma volonté.

Après l’audition de cet exposé, l’objection la plus communément formulée est la suivante : « Comment s’assurer de l’objectivité avec laquelle a été établit la grille de lecture ? » La réponse est simple : « on ne peut pas ». Objectif et vrai sont deux notions étrangères. Une grille de lecture est un postulat. Le fait que les principes de justice et de vérité est président ou non son élaboration ne change rien au problème qui nous préoccupe. Pour qu’un avis soit objectif, ce qui compte c’est le respect de la méthodologie à savoir, observation puis transcription de ces informations en regard de la grille de lecture.

Le jour de l’an

Il n’a pas toujours lieu à l’heure prévue. Il ne possède pas de jour.  Sa date est mouvante. La nuit du 31 décembre au 1er janvier n’est symbole de rien.

La régularité dans l’enchaînement des saisons et des années n’est qu’une vue de l’esprit, une sale habitude que nous avons prise dans le but d’harmoniser nos rythmes, une tentative audacieuse de vivre à l’unisson.

Des dates, les années n’en ont que faire. Elles ne sont pas ponctuelles, elles arrivent souvent lorsqu’elles le souhaitent, elles arrivent surtout lorsqu’elles le peuvent.

C’est à la faveur d’une rencontre fortuite, d’un évènement marquant, d’un hapax qu’en général elles pointent leur nez.

Le jour de l’an n’est pas un changement de date. C’est le signe d’une rupture, la marque d’un changement majeur dans la vie de l’individu.  C’est un instant personnel.

C’est ainsi que 2012 commença pour moi un jour de mai, 2011 vers la fin janvier, 2010 courant  juin, 2009 n’eu pas lieu, 2008 en octobre et 2013 se fait encore attendre…

Une Aporie…

Si je devais décrire la joie… je le ferais dans des termes crus, posés, passionnés et plein d’intelligence. Se serait une description détaillée et pour la faire sans risque de me tromper, je prendrai du recul par rapport à mon sujet. Je voudrai lui dessiner des contours fidèles à sa réalité.

Si je devais décrire la joie le ferais avec rythme (car le rythme aide à la compréhension) mais  je sais aussi que la joie serait la grande absente de mon récit… Pourtant, Dieu sait que j’en fais l’expérience.

Oui mes écrits sont austères; voila ce qu’on désigne sous le nom savant d’aporie. Une difficulté, un cas de conscience donc je ne peux me départir.

Ce que la lune sait et que le soleil ignore…

Son visage blanchâtre contrastant avec l’éblouissante clarté de l’astre du jour, la lune sait le pouvoir caché de la douceur alliée à la patience, les espérances coupables et les velléités de gloire de ceux qui craignent les flammes.

Elle sait la différence qui existe entre arrogance et immodestie; L’aigreur et l’envie qui se cache derrière chaque marque de respect. Car sans jamais se dissimuler, elle observe cette danse étrange que font les ombres à la gloire de la lumière. Elle ne rate rien de leurs triomphes permanents contre le jour. Car elles se mettent systématiquement à son opposé et durcissent à mesure qu’il se renforce.

Ce que la lune sait et que le soleil ignore c’est la joie que l’on éprouve lorsque nous échangeons nos confidences avec ceux que plus jamais nous n’aurons à recroiser. Ce sont les secrets des braves gens honnêtes.

L’astre de la nuit sait mieux que quiconque comment le désir, le courage et la force se meuvent en douleur lorsqu’elles ne peuvent se réaliser ou s’exercer.

Ce que la lune sait et que le soleil ignore c’est que c’est elle qui gouverne le royaume des envieux lequel est l’antichambre des glorieux, des conquérants et des victorieux de demain. Car tôt ou tard, les êtres pâles qui furent trop longtemps privés de lumière se mettent à briller de leurs propres feux.

ECRIRE

Ecrire, nous savons tous faire. Nous savons enchaîner les syllabes et nous connaissons la structure d’une phrase. « Sujet+verbe+complément ». Là voilà la formule magique. Nous l’avons apprise à l’école.

Néanmoins, il y a un problème, un « hic ». Si on écrit comme l’on parle, c’est vulgaire. Sans être grossier, cette façon de faire génère un « couac ». Le langage parlé est trop direct, il manque de structure, de finesse, il est poussé par l’urgence. Si l’on parle comme on écrit, c’est pompeux, sophistiqué, ennuyeux. Ça sonne faux, il y a là, tapis dans l’ombre un ange qui souffle à nos auditeurs « cet homme est malhonnête ».

Ecrire ce n’est pas retranscrire des paroles. C’est retranscrire la pensée. On ne cherche pas seulement à être compris. On cherche aussi à être juste. On veut être fidèle à l’idée, l’exposer dans sa fulgurance et toute sa clarté.

Tout comme le dessin, la danse, ou n’importe quelle forme d’art, l’écriture repose sur une action simple que l’on répète encore et encore jusqu’à l’accomplissement de l’œuvre. Mais si l’action est la base, le génie réside dans la répétition de l’action parfaite. Pour le danseur, la danse c’est bouger mais pas que… Pour l’illustrateur, le dessin c’est tracer mais pas que… pour l’écrivain, écrire c’est écrire des mots, des phrases, des histoires mais pas que…

Pour être un bon danseur, il faut savoir bouger certes mais il faut surtout avoir de la grâce et de la coordination. Pour être un bon dessinateur, il avoir l’esprit de synthèse, il faut l’œil qui permet de capter le réel, l’intellect qui permet de l’analyser et la main sure qui permet de tracer. Pour bien écrire, il faut choisir, ordonner et rythmer ses idées. Les mots et les phrases suivent naturellement. Du moins en théorie. Une bonne écriture doit donner l’illusion d’être parlée ou plutôt, déclamée. Les mots doivent s’enchaîner avec fluidité. Le mot présent doit donner l’impression de succéder naturellement au précédent tout en annoncant, dans le même temps ceux qui suivent.

Les mots sont partout dans une œuvre. Ils sont à la fois la brique et le mortier. L’évidence elle ne se trouve que dans les chefs d’œuvre. Elle ne réside nulle part mais préside à toute la construction

Les concessions

Quelle sensation étrange qu’être en face de quelqu’un que l’on ne comprend pas. Vous êtes là, face à face et pendant des heures, vous parlez, vous échangez des centaines de sourires, des milliers de mots, et parfois plus. Mais il y a quelque chose… Bien plus mince qu’un mur, plus ténue encore qu’une membrane, c’est un brouillard étonnamment transparent. Une sensation indescriptible d’éloignement.  On en est conscient. Cette distance là ne pourra jamais être comblée. Peu importe les efforts que l’on consent à l’accomplissement de cette tâche.

C’est un défi lancé à l’intelligence. Le genre de défi que l’on se doit de relever. Alors, on fait des efforts, on se prête à un jeu de rôle. On essaie d’anticiper ses attentes, on se met à sa place, on émule son raisonnement. Puis vient la récompense, le triomphe sur les contraintes. Alors on se dit, nous avons vaincu les apparences et les présupposés. Même si dans le fond nous ne comprenons toujours rien, nous avons un schéma, une carte de sa psyché et tant qu’elle nous permet de nous repérer… Enfin bref ! Qu’importe comment,  une intimité s’est créée.  C’est une sensation de joie. Ça ne dure qu’un temps puis tout reprend sa place. Ce n’est pas parce que l’on a pensé comme elle qu’on pense véritablement comme elle…  Ce n’est pas parce que l’on a pris sa place qu’on est devenu elle. Malgré tous les rapprochements et les efforts, on reste toujours celui que nous sommes. Faire ce constat n’est pas un signe de lâcheté. Car tôt ou tard des noms d’oiseaux fusent, et des tonnes de reproches sont faits. Après la tempête on repense à toutes ces choses sensées qu’on se disait au début « Cette distance là ne pourra jamais être comblée ».

Pour peu qu’on le souhaite un minimum, les unions peuvent toujours se faire. Lorsque la fusion n’est pas immédiate, elle se fera toujours sur le plus petit dénominateur commun. Les concessions sont donc par conséquent des choses médiocres et méprisables. C’est une affaire de gagne petit, c’est le lot de ceux qui se contentent de peu.  Elles sont des flatteries pour la part sociale de notre être et des insultes pour tout le reste. C’est une violence faite à nous même.

De la frustration, je connais tout !

 Je connais ces 3 syllabes qui une fois enchaînées forment le mot « frustration ».

Je sais que s’il est murmuré ce mot sonne comme un murmure mais  je sais aussi que s’il est crié, alors il sonne comme un hurlement.

De frustration je connais la définition. Mais, de la frustration je ne connais rien car jamais je n’en ai fait l’expérience.

Au final, je ne connais que les désirs doux .Ceux qui sont dépourvus de peine. Je ne connais que l’espérance des choses heureuses car de mes désirs impossibles, j’ai appris à faire l’économie.

A propos de la bêtise 

Va savoir pourquoi un jour il m’a semblé évident qu’il fallait avoir un avis sur tout. Alors, sur tout et n’importe quoi je me suis mis à me demander  « Alors? Qu’est-ce que j’en pense ? ». La plupart du temps, la réponse était « rien ». Je n’y connaissais tout simplement rien. Alors, j’ai cherché, je me documentais.

 Je ne me faisais aucune illusion sur ce que j’étais en train d’accomplir. Je n’avais aucune chance d’arriver au bout de la tâche que je m’étais confiée mais, lentement mais sûrement j’avançais. Puis un jour au détour d’une conversation ou dans un livre, je ne me souviens plus des circonstances, l’on m’a dit : »la volonté de conclure à tout prix est un signe de bêtise ». Je me suis offusqué. Je me suis dit : « Je ne suis pas bête ! Je suis tout le contraire. » C’était le début d’un autre voyage intérieur.

Mens sana…

Venant d’un corps chétif, la radicalité est perçue par les autres comme étant de l’aigreur. Et personne de sain d’esprit ne fait confiance à un homme aigri ; à personne qui a un contentieux avec la vie.

Venant d’un corps athlétique et puissant, la radicalité devient une promesse. Celle d’une possibilité trop longtemps gardée secrète. Mishima l’avait bien compris.

Prenez soin de vous! Faites de votre corps un outil, de lui dépend la force de vos propos.

Mens sana in corpore sano

Pour ne penser à rien

Il faut poser son regard au loin, très loin sur une chose lisse. Une chose sans motif, sans aspérité ; sur quelque chose d’ennuyeux. Lorsque pour une raison ou une autre le regard porte sur quelque chose de trop définit, un objet dont la seule silhouette suffit pour révéler un nom à la conscience, avant que ce dernier ne devienne trop évident, il faut le chasser de son esprit. Il faut chercher un autre sujet. On se concentre sur un détail puis, rapidement, on en trouve un autre. C’est un zapping. A mesure que l’on zappe, on tente de faire des liens entre les différents éléments collectés, mais toujours sans l’intervention de la logique. Lorsque la pression des noms est trop forte, lorsque la raison en a marre d’être mise en sourdine, plutôt que raisonner sur le sens, il faut se concentrer sur les sons. C’est une enquête sur les consonances ; le but étant de percer la logique qui sous-tend la musique des mots et l’enchainement de leurs syllabes.

Que fait « men » associé avec le son « ton »? Pourquoi cet attelage singulier? Un menton ! Ne penser à rien permet de faire des découvertes singulières. « Vinaigre » pour « vin »et « aigre » voilà ce que c’est du vinaigre, un vin aigre. Rien de plus ou de moins que l’addition de ses 2 composantes.

 Mais ne vous y trompez pas, ces victoires seront rares et elles doivent le rester. On tombe Bien plus souvent, sur des « mentons » que sur du « vinaigres »;

 Des mots absurdes, il y en a plein. Prenez par exemple le mot « souris »! Pourquoi « sou » additionner avec un « ris » d’ailleurs « sou » dans les sens « d’en dessous » ça s’écrit avec un « s » final, et un ris ?( d’ailleurs dit-on « un » ou « une » ris? Pourquoi ce « s »? Que veut dire ris? Dans le fond tout cela n’a aucun sens. Ces questions sont absurdes. Elles n’ont pas d’autre but que de l’être. C’est à cause de leurs stupidités qu’il faut se les poser. Penser à toutes ces petites choses aide à ne penser à rien. Ne penser à rien c’est toujours penser, mais à rien de précis.

A propos du Peuple

Joseph de Maistre pour railler le concept d’Homme universel défendu par les humanistes disait : « il n’y a point d’homme dans le monde. J’ai vu dans ma vie des Français, des Italiens, des Russes. Je sais même grâce Montesquieu qu’on peut être persan ; Mais quant à l’Homme, je déclare ne l’avoir rencontré dans ma vie ; s’il existe, c’est bien à mon insu. »

Il opposait ainsi clairement à l’Homme le concept de peuple qui est selon lui plus proche de la réalité.

Aujourd’hui je demande que l’on me présente le peuple. Cette entité dont tout le monde se réclame.

Qu’on me le décrive. Est t’il grand ou petit ?  Svelte ou trapu ? Athlétique ou obèse? pense-t-il a gauche ou a droite? Qu’aime-t-il manger? Est t’il réserve ou est il exubérant?
Je n’entends aucune réponse et pour cause ; le peuple en tant que entité pensante n’existe pas.

Le peuple est un manteau d’invisibilité, un uniforme de combat, un étendard forcement écarlate.

Le peuple c’est ce que l’on brandit lorsqu’on monte au front. C’est ce qui nous dispense d’argumenter car il donne tout de suite l’illusion d’une large légitimité.

 

Le siège du génie

Ce n’est ni dans l’élément ni dans la forme que se cache le génie. Le génie se cache dans la structure. Il est dans la façon donc les éléments s’agencent pour donner naissance aux formes et aux fonctions.

Si la forme peut être dégénérée, jamais la structure ne l’est. Prenez pour exemple la forme de vie la plus primitive qui soit ou alors une créature hideuse et difforme. Nous pouvons éprouver du dégoût ou bien  de l’effroi face à elle. L’abomination de sa forme nous saute aux yeux tel une évidence. Mais si nous prenons du recul, si nous  examinons sa structure, tous les sentiments qui nous animaient finissent par disparaître pour laisser place à l’admiration.

Lorsque la structure est à l’œuvre, les problèmes se résolvent avec élégance. Lorsqu’elle est prise à défaut, c’est toujours par une structure mieux élaborée. La symbiose et apoptose deviennent chacune dans leurs genres des spectacles émouvants. Le mécanisme qui résulte de leurs oppositions est lui aussi une source d’émotion. L’émotion qui justifie l’ensemble et qui permet à la structure de s’affranchir de son ascendance et de génèrer sa descendance.

Suivant ce principe, le génie humain ne se trouve pas dans l’individu mais dans la société. Il se cache plus particulièrement dans les civilisations et leurs rapports aux temps qui ont vu venir leurs apogées. Mais ce dernier point fera l’objet d’un développement ultérieur…

Faire preuve de goût

Faire preuve de goût ce n’est pas être capable de lire le monde au travers de la bonne grille de valeur.

Faire preuve de goût c’est être capable de reconnaître la valeur et d’y adhérer.

Faire preuve de goût c’est aussi (mais pas seulement) être capable de violer l’ordre établi, celui qui est reconnu, celui qui est accepté, celui qui est suivi sans jamais être remis en cause.

Faire preuve de goût c’est être capable d’accueillir avec la même joie (ou la même indifférence) le fait d’arriver parfois à la même conclusion que la masse humaine et le fait de se retrouver seul sur son île de valeur avec pour seule compagnie ses certitudes.

Faire preuve de goût c’est aussi savoir se montrer objectif c’est-à-dire conclure au terme d’une observation correctement menée grâce aux moyens de la raison. C’est s’affranchir des présupposés idéologiques.

Faire preuve de goût c’est être capable de lire le monde au travers de son être. C’est savoir pourquoi et comment ce dernier résonne en nous. C’est dire qu’on aime lorsque l’on aime, c’est  dire que l’on déteste lorsque l’on déteste et c’est aussi rester muet lorsque l’on n’est pas sûr de ses sentiments vis-à-vis d’une situation donnée.

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